Féminisation des noms de métiers : divine surprise à l’Académie française !

Pas d’obstacle à la féminisation des noms de métiers ! C’est ce qu’a décidé l’Académie française le 28 février dernier. Révolution sous la Coupole…

Les « Immortelles » et « Immortels » ont, pour certains, mangé leur bicorne : féminiser les noms de métiers n’est plus une aberration. Ils ont remarqué que la société a évolué, que les femmes y ont une place croissante et qu’elles souhaitent, par la féminisation des noms de métiers, « voir combler ce qu’elles ressentent comme une lacune de la langue ». Il n’existe donc plus « aucun obstacle de principe à la féminisation des noms de métiers et de professions. Celle-ci relève d’une évolution naturelle de la langue, constamment observée depuis le Moyen-Âge ».
L’Académie ne fixe pas de règles de féminisation mais précise que celle-ci doit respecter les « règles élémentaires et fondamentales de la langue », en particulier les « règles morphologiques qui président à la création des formes féminines dérivées des substantifs masculins ».

Les noms se terminant par un « e » muet ou un « o »
Fastoche la féminisation : il suffit de marquer le féminin par l’article et de dire « une juge », « une architecte », « une gendarme » (fini le condescendant « gendarmette »), « une maire », « une impresario », etc.

Les noms se terminant par une consonne
On rajoute un « e », ce qui nous donne une « artisane », « une principale », une « maçonne », une « cheminote »…
Cas particuliers : une médecin (ou « femme médecin »), « une femme matelot », « une mannequin »…

Différentes possibilités existent pour les noms se terminant par « -eur » : « -euse », « -esse », « eresse », « -eure » ou le recours à la forme masculine accompagnée par l’article, l’adjectif, le pronom ou le verbe au féminin.
Deux formes de féminisation sont envisageables :
– «-euse » lorsqu’un verbe correspond au nom : carreler -> carreleur -> carreleuse
– « -eure », forme plus récente : une professeure…

Pour les noms se terminant par « -teur » :
– « -teuse » quand il existe un verbe correspondant : acheter -> acheteur -> acheteuse
– cas particulier : pour auteur, on se trouve devant un terme qui « enveloppe une grande part d’abstraction », ce qui « peut justifier le maintien de la forme masculine, comme c’est le cas pour ‘poète ‘ voire pour ‘médecin’ ». Où l’on voit que la révolution n’est pas totale puisque l’abstraction semble inaccessible aux femmes…

Le cas épineux de « chef » : « le féminin ne se forme pas naturellement » selon l’Académie qui remarque tout de même un usage en faveur de « cheffe ».
Autre difficulté : le mot « agent » qui ne connaissait pas de féminin, mais pour lequel on voit apparaître la forme « agente ».

Puisque l’Académie française fait de l’usage le pilier de l’évolution de notre langue, ne nous privons pas d’utiliser des formes telles que : « auteure » ou « entraîneure » qui me semble plus indiqué qu’ « entraîneuse » pour une femme qui entraîne des sportives ou sportifs…

Pour aller plus loin :
Le rapport de l’Académie française sur la féminisation des noms de métiers et fonctions

Une tribune du linguiste Bernard Cerquiglini parue dans Le Monde (05/03/2019)